“Merci Patron !” et aussi la défense d’un travail respectable. Le film de François Ruffin fournit une superbe occasion de replacer le travail au centre de la discussion sociale. “Merci Patron”, lauréat du César du meilleur documentaire, s’intéresse à la lutte syndicale pour l’emploi face à l’ampleur des processus de précarisation.

Le film ainsi que ses personnages principaux

Si vous ne l’avez pas vu, arrêtez de lire cet article, dans lequel je vais faire des spoilers, ainsi que le chercher dans une plateforme quelconque, comme Filmin. Le film est basé sur l’histoire de Jocelyne et Serge Klur, employés dans une usine de tissu à Poix-de-Nord, pratiquement à la frontière belge. Ils fabriquent des vêtements pour la firme Kenzo, qui fait partie de l’équipe de LVMH, propriété de Bernard Arnault. Lorsque l’usine a fermé et que la production a également été déplacée en Pologne, les Klur se sont retrouvés sans emploi. Leurs problèmes sont exacerbés lorsqu’ils seront expulsés de leur résidence car ils ne peuvent pas se permettre de payer une amende pour un accident de voiture. Le film, dans un style d’apologie qui rappelle parfois celui du documentariste américain Michael Moore, répond aux efforts du journaliste François Ruffin pour exiger d’Arnault qu’il paie les Klurs pour avoir réellement détruit leur vie. Ainsi, le docudrame s’articule autour de quatre principaux groupes de personnages : la famille Klur, Bernard Arnault et aussi les différents dirigeants du groupe LVMH, François Ruffin et les autres journalistes et aussi les manifestants de la publication satirique Fakir ainsi que, finalement, Marie Hèléne, syndicaliste de profession à la CGT française.

Ce n’est pas un hasard si François Ruffin a choisi de mettre l’accent sur Bernard Arnault et aussi sur l’équipe des articles de luxe de LVMH. Arnault est l’homme le plus riche de France et de l’Union européenne, et selon la publication du Forbes, il se classe en 2019 au 3e rang mondial en termes de gamme étendue, avec des biens personnels de plus de 100 milliards de dollars. En 1987, Arnault a acheté des actions de LVMH, le premier empire mondial du luxe, qui comprend des marques telles que Christian Dior, Marc Jacobs et Louis Vuitton. En 1988, Arnault est devenu l’un de ses principaux capitalistes, jusqu’à ce qu’il devienne son actionnaire majoritaire en 1989. Depuis qu’il a pris les rênes de LVMH, il s’est attaché à se défaire de toutes les tâches non orientées vers les produits de luxe et à se concentrer sur cette section du marché. Tout récemment, au tout début du mois de novembre 2019, LVMH a conclu un accord pour acquérir la société de joaillerie Tiffany, dans une démarche visant à mieux cibler l’offre internationale haut de gamme. Il a en outre délocalisé la fabrication de ces emplois où il était possible de réduire considérablement les coûts de main-d’œuvre. Le résultat général de cette approche de service a été une vague de licenciements qui a effacé les emplois de centaines de personnes dans toute la France et a également appauvri la forteresse industrielle d’autrefois.

Ruffin est sans aucun doute une personnalité particulière de la scène de gauche européenne, que beaucoup d’entre nous ont remplie grâce à ce film, et que nous avons suivie avec une passion particulière depuis lors. Propriétaire et rédacteur en chef du ridicule magazine Fakir, il a également joué un rôle de premier plan dans l’activité Nuit debout (quelque chose comme “Standing Night”), un mouvement qui vibre à l’expérience de l’indignation en Espagne, qui en 2016 a habité la Place de la République en France, en protestation contre la réforme du droit du travail du gouvernement d’après le Premier ministre Manuel Valls. Bien que, Ruffin, dans une nouvelle expression de sa passion pour la mobilisation des classes fonctionnelles, a également expliqué les faiblesses de cette expérience : “J’ai vite vu quelles étaient les limites qui restaient en termes d’implantation populaire. Il n’y a jamais eu de Nuit Débout dans les régions de cours de fonctionnement comme Flixecourt et le mouvement a également été isolé sur la Place de la République à Paris” (La Marea, 06/11/2017). Peu après, il a entamé son parcours suivant, avec lequel il a essayé une toute nouvelle technique pour donner une voix aux revendications des travailleurs, dans un type de populisme de gauche qu’il soutient de manière proactive. En 2017, il a été choisi comme agent de l’Assemblée nationale par la circonscription de la Somme dans le cadre de l’événement local Picardie Debout, qui s’est déroulé avec le concours de France Insumise, Europe Ecologie – Les Verts ainsi que du Parti communiste français. Une fois élu, il s’est inscrit au groupe parlementaire d’Insumisa France, un événement auquel il est associé.